Quand le fouillis s'assombrit ...
- Margaux Durand
- 16 janv. 2021
- 8 min de lecture
Dans mon fouillis, je m’efforce d’apporter du positif, et ce depuis toujours. Je comble mes moments de « bad mood » par des nouveaux vêtements, un maquillage on fleek ou encore une vraie bonne soirée qui change les idées. Mais parfois, les événements sont tels que la part sombre prend le dessus sur le positif. Aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’un sujet important, qui j’espère pourra aider certains d’entre vous. FAIRE SON DEUIL.
Le deuil est un processus plus ou moins long selon les personnes, selon l’affect également. Pour vous expliquer comment j’appréhende ce processus, je me dois de vous raconter mon histoire, notre histoire…
Un mardi soir de septembre 2014, je reçois un appel de mon père « Ma puce, ce soir je ne vais pas travailler, je suis malade ». Je me souviens très bien de ce soir-là, car je devais aller à mes cours de danse… Mais mon père ce titan n’étant jamais malade, j’ai préféré rentrer chez moi afin d’être auprès de lui. Les conversations de la soirée tournaient autour des examens que mon père devait réaliser dès le lendemain… Les mots résonnaient dans ma tête « foie », « pancréas », « infection » … Et ce n’était que le début…
Le lendemain mon père a donc fait les examens prescris, et un mot a été posé « Cancer ». Je me souviens très exactement de la sensation ressentie à ce moment-là : un vide immense. Je n’étais plus consciente de rien, seul le mot interdit résonnait dans ma tête. J’ai toujours eu peur de cette maladie, mais quand elle est associée à un membre de votre famille, elle prend une toute autre tournure. Je voyais déjà mon père perdre ses cheveux, perdre du poids, souffrir, et rien qu’imaginer ses images encore très lointaines pour moi me donnait le tournis et la nausée.
Quelques semaines plus tard, mon père se fera opérer sur Marseille, à environ une heure de la maison. Les allers-retours incessants, les visites dans sa chambre de soin intensifs un par un, et la vision de mon père affaibli ont marqué mon mois de novembre 2014. Le verdict était sans équivoque, mon père souffrait d’un cancer du pancréas. Dans ces moments-là, internet devient votre pire ennemi : « cancer du pancréas, 3 mois d’espérance de vie », « le cancer le plus meurtrier actuellement » … Je ne pouvais plus rien lire ou imaginer. Tout ce que je voulais était faire confiance à la médecine, mais également faire confiance à mon père, ce battant.
En parallèle, durant cette période, je poursuivais mes études en première année de classe prépa, avec un rythme intensif. J’avais décidé de ne rien dire à personne, de manière à ne pas être prise en pitié.
Après un mois en soins intensifs sur Marseille, mon père était autorisé à rentrer à la maison. Quelle émotion de le retrouver, bien que très affaibli par son opération. Le médecin qui l’avait opéré nous avait informé que la tumeur avait été totalement retirée… La suite, c’était donc d’attaquer les séances de chimiothérapie. Et pour la famille, il faut apprendre à vivre avec une personne très atteinte par les soins.
Le cancer est très dur à vivre pour la personne malade, mais le suivi psychologique de ses proches est bien trop souvent négligé.
Deux jours après ses séances, mon père était très faible, allongé toute la journée à souffrir. Parfois, je me demandais si ce protocole de soins ne le rendait pas plus malade qu’il ne le soignait. Mais il fallait être fort, fort pour nous mais surtout pour lui. Après 4 mois, en avril 2015, une lueur d’espoir se profile à l’horizon : le mot « REMISSION ». Pour toutes les personnes touchées par cette maladie, la rémission est l’eldorado, le but à atteindre. Nous étions donc très heureux, et malgré une diminution certaine de ses capacités, mon père était prêt à profiter de sa vie et surtout à en reprendre le contrôle. Il a repris le travail, recommencer à donner des cours de rugby, et a surtout repris un peu de poids.
Mais dans la vie, les moments de bonheur sont de courte durée. Il subissait régulièrement des crises douloureuses au niveau du ventre.
En juin 2016, je suis à Rennes afin de passer un concours d’entrée en école de commerce. Le matin, je passe un coup de fil à ma mère, afin de lui expliquer le déroulement de ma journée… Elle me souhaite bonne chance, me dit qu’elle a confiance en moi, et raccroche. Je ne reconnais pas ma mère au bout d’une fil. Femme sudiste au parler chantant habituellement, cette fois, elle esquive mes questions et botte en touche quand je lui demande comment elle va. Très perturbée par ce coup de téléphone, j’essaie de faire abstraction de cette inquiétude et vais donc passer mon oral. Après avoir terminé, je rappelle ma mère pour lui raconter comment ça s’est passé (je suis très fusionnelle avec ma mère, je pourrais passer des heures à lui téléphoner quand je ne suis pas avec elle !). Et là, mes doutes du matin se confirment. Ma mère est en pleurs au bout du fil, à 1000 kilomètres de moi… Mon père est de nouveau hospitalisé, pour une occlusion intestinale. Il doit rester en observation, et ma mère a rendez-vous avec l’oncologue le lendemain. Ma soirée se déroule très mal, je n’ai aucune envie de rester en Bretagne, mais malheureusement, mon retour dans le sud n’est prévu que le lendemain. J’essaie donc tant bien que mal de passer un bon moment, de découvrir la ville qui deviendra peut-être dès septembre mon nouveau chez moi.
Le lendemain, ma mère va donc rencontrer l’oncologue. Durant ce rendez-vous – je ne l’apprendrais que bien plus tard – le médecin annonce à ma mère que la tumeur est revenue, et qu’elle s’est positionnée sur l’estomac. Le pronostic n’est pas rassurant et l’espérance de vie annoncée ne dépasse Noël de la même année… Ma mère désemparée s’est alors demandé comment nous l’annoncer, à mes frères, ma sœur et moi. Mais elle a décidé de garder cette nouvelle pour elle toute seule, pendant des mois. Je suis impressionnée par la force dont elle a fait preuve, elle force le respect pour toujours.
Quelques jours avant mes vingt ans, mon père est de nouveau opéré, afin de réduire cette tumeur qui lui bouche peu à peu l’estomac. Je n’ai jamais vécu moment plus stressant que celui-là. Je savais mon père très fatigué, et j’avais une peur bleue qu’il ne succombe à l’opération. Mais une nouvelle fois, tout s’est bien passé, et nous étions repartis tous ensemble dans un nouveau protocole de chimiothérapie.
Cette fois, j’ai réellement vu les effets des produits injectés… Mon père a commencé à perdre ses cheveux, ses dents, mais également beaucoup de poids. De Papa pilier de rugby de 110 kilos, il est passé à Papa malade d’une cinquantaine de kilos.
Dans le même temps, j’avais réussi mes concours d’entrée aux écoles de commerce, et j’emménageais, fin août à Strasbourg… Je vous avoue que je n’avais aucune envie d’y aller, tout ce que je voulais, c’était rester auprès de mon père, lui apporter tout mon soutien et surtout, soutenir ma mère. Mais quand il m’a dit « Ma fille, tu as réussi à entrer en école, je ne veux pas que tu gâches ton avenir. Je suis fier de toi, et je te promets de me battre pour te voir diplômée ». J’ai donc fait mes valises, et c’est le cœur lourd que j’ai quitté ma famille, Toulon.
J’avais réellement l’impression de quitter le bateau en plein naufrage et je n’avais de cesse de me demander : « Et si le pire arrive alors que je suis à 900 kilomètres, qu’est-ce que je fais ? »
Les mois passent, mon père suis son traitement. Et Noël passe. Mon battant est toujours parmi nous. L’oncologue nous annonce même la fin des séances de chimiothérapie. En février, mon père serait de nouveau en rémission, un véritable miracle.
Je profite de chaque instant passé auprès de ma famille, d’autant plus que désormais je sais qu’ils sont précieux et pourraient n’être qu’éphémères. Et ce fut le cas…
Le 4 avril, je suis dans mon appartement strasbourgeois en train de réviser pour mon partiel du lendemain, quand je reçois un appel de ma mère. 4 mots, cinglants, des larmes au bout du fil, et mon monde qui s’écroule : « C’est la fin ». J’avais imaginé ce moment tellement de fois dans ma tête, je savais qu’il allait arriver, mais pas maintenant, pas si vite, pas alors que je n’avais plus vu mon père depuis les vacances de février.
Tout de suite, j’ai voulu rentrer, pour avoir une chance de lui dire au revoir… Évidemment, les avions pour rentrer ne coïncidaient pas avec mes horaires de partiels, et les trains étaient complets. Je me suis sentie bloquée et désemparée face à la situation. Pour la première fois, j’ai réellement regretté d’être partie si loin des miens. Finalement, après deux jours, j’ai réussi à redescendre dans le sud. Mon père était toujours là, prêt à puiser dans ses réserves pour survivre. Et puis 2 semaines sont passées, les vacances d’avril sont là. La première semaine, les médecins et infirmiers n’en reviennent pas. Mon père a repris des forces, et une opération de la dernière chance peut être envisagée. Cette opération aurait représenté des sacrifices sans nom pour ma mère : d’épouse elle serait devenue aidante. La vie n’aurait jamais été la même, mais mon père serait toujours en vie. Après réflexion en famille, nous acceptons cette opération.
Mais, dès la semaine suivante, son état s’est de nouveau dégradé… Et l’opération n’est plus possible. Après les mots « Cancer » et « Chimiothérapie », il a fallu intégrer un nouveau mot dans notre histoire : « Soins paliatifs ». Et c’est le cœur en miettes que je suis rentrée à Strasbourg, me préparant au pire.
J’ai décidé de faire la surprise à mon père, et de rentrer sur le long weekend du 1er mai. La plus belle image que je garderais en mémoire est son sourire lorsque je suis rentrée dans cette chambre d’hôpital. Mais c’est également ce week-end là qu’il a compris. Il a compris qu’il allait nous quitter, et n’arrêtait pas de s’excuser. Et c’est encore une fois le cœur brisé, que le dimanche, je me suis engouffrée dans ce TGV qui m’amènera loin d’eux. J’avais espoir de le revoir, encore et encore. Mais le destin en a décidé autrement.
Le 5 mai 2017, au matin, jour des 18 ans de mon petit frère, mon père est devenu ma plus belle étoile. Après 3 ans de combat contre la maladie, le crabe l’a emporté. Et avec lui, une partie de moi s’en ai allé.

Le processus de deuil commence dès la préparation de la cérémonie. Avec ma mère, mes frères et ma sœur nous avions à cœur de lui organiser un moment à son image. Beau, fort et avec du caractère. Énormément de personnes étaient réunies pour lui, et dès mon arrivée face à cette foule, les larmes n’ont cessé de couler. C’est très spécial à dire, mais cette cérémonie était belle, nous ne pouvions lui dire au revoir de meilleure façon.
Depuis, j’avance, avec toujours une pensée pour lui dans les bons comme les mauvais moments. Mon but ultime dans la vie est de le rendre fier, peu importe où il est. Je vis les moments intensément en me disant qu’il aimerait que j’aille de l’avant comme je le fais.
Et puis, je lui parle beaucoup. Au début, j’avais l’impression d’être folle, mais près de quatre ans plus tard, je me rends compte que j’ai besoin de ces moments seule où je lui fais un petit bilan de ma vie.
Le deuil, c’est aussi accepter que rien ne sera jamais pareil. Mais il faut en faire une force. Mon caractère n’est plus le même qu’il y a quatre ans. De petite fille gâtée, je suis devenue une femme qui se bat pour obtenir tout ce qu’elle veut : diplôme, boulot, logement…
Et puis finalement, la personne perdue n’est plus là où elle était, mais sera pour toujours où vous êtes.
Notre histoire ressemble à des milliers d’histoires de familles françaises et à travers le monde. J’aimerai à travers ce blog aider les personnes qui vivent les mêmes situations que moi. Je ne suis pas unique et si mon expérience permet à certains de mes lecteurs de mieux appréhender certains événements de la vie, j’en serai d’autant plus fière. Cet article n’a pas été facile à rédiger, les larmes ont beaucoup coulé, mais il était nécessaire. Il ne sera peut-être pas compris de tous, car il était très intime, mais je pense qu’écrire « au monde » ce que je ressens entre dans mon processus de deuil.
Je remercie ceux qui auront lu jusqu’au bout.




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